Le temps libre et l'activité ludique

Publié le par educ' et cie

 

 

I. LE TEMPS LIBRE : APPROCHE THEORIQUE :

 

  A. DEFINITION :

  • Moment important appartenant à l’enfant où l’adulte lui laisse la possibilité de ne rien faire ou de trouver lui même une occupation. L’adulte n’impose pas, n’oblige pas et n’attend aucun résultat en retour. Cela implique une notion de choix libre et de temps non imposé. L’enfant répond lui-même à ses rythmes biologiques et physiques.
  • Les moments de temps libre sont des moments de liberté, de rencontre (interactions, socialisation), de découverte de soi à travers les autres.
  • Cela peut être des moments d’inactivité (l’enfant observe, contemple, rêve, se repose ou joue avec les autres par procuration), des moments de jeux libres (mis en place par les enfants eux-mêmes).
  • Le temps libre c’est à tout âge, de la naissance à l’âge adulte.

    A chaque instant de la petite enfance l’enfant a des temps libres dès lors que l’adulte reste présent   

physiquement, psychiquement sans interférer dans ses choix.

                     

   B. DES TEMPS LIBRES :

 

1. L’INACTION : « CES ENFANTS QUI NE FONT RIEN » :

 

  1.1. LES ENJEUX POUR L’ENFANT :

 

    Il y a des moments où l’enfant n’est pas actif ou que son activité est peu visible ou pas visible du tout.L’enfant profite de ces instants pour observer, réfléchir, vivre le jeu des autres par procuration, écouter, être attentif à ce qu’il y a autour de lui (visuellement : regarder les autres, découvrir son environnement ; auditivement : écouter les bruits, les mots, les sons ; olfactivement : odeurs des adultes, de ses pairs, des lieux, de soi-même…) ou à l’intérieur de lui-même (l’introspection lui permet de réfléchir sur qu’il pense, ressent, aime faire ou pas, de répondre à ses propres besoins et envie et de se construire en somme).

    L’enfant est donc inactif physiquement mais actif psychiquement.

 

      L’enfant peut être inactif de deux façons :

·        En étant proche des autres, à leur contact immédiat.

·        En s’isolant : l’enfant a besoin de faire une pause pour se ressourcer  (il répond à son rythme biologique) et avoir ensuite l’énergie nécessaire pour trouver et faire une activité. Toute activité intense est suivie d’un temps de repos. Le nourisson connaît déjà cette alternance.

 

       L’ennui, la solitude font également partie de l’activité de l’£ :

·        Au fond de cet ennui l’enfant va trouver, chercher, élaborer son activité suivante. Cela lui permet de redoubler d’imagination, d’inventivité et de créativité. Il puise au fond de lui-même ce qu’il a envie de faire. Cela encourage l’initiative et l’indépendance de pensée.

·        La solitude et l’ennui permettent à l’enfant de se confronter, à ses émotions. Explorer son espace intérieur c’est se construire.

                                                                          

    2. L’ACTIVITE LIBRE OU ACTIVITE LUDIQUE :

 

      2.1. DEFINITION :

 
    L’activité libre ou ludique fait partie de la vie du jeune enfant.

    Elle participe au développement psychologique (résolution de problèmes psychiques complexes), moteur (motricité fine et globale), social (interactions), affectif et cognitif.

    L’activité libre répond à trois critères : elle est choisie par l’enfant de manière spontanée et ceci sans contraintes ni directions, elle n’a pas de fin en soi  (l’adulte ne doit pas en attendre de résultat) et n’a pas de répercussions dans le réel (elle permet l’expression de l’enfant dans l’expression des pensées et sentiments, dans la maîtrise des difficultés psychiques et dans la compréhension de la vision du monde de l’enfant).

    Pour D.W.Winnicot : « jouer est une expression créatrice, une forme fondamentale de la vie bien plus qu’un exercice, qu’une forme de délassement ».

 

 

     2.2. L’ACTIVITE LIBRE EST UNE CONDITION ET UNE CONSEQUENCE DU    

            DEVELOPPEMENT  DE L’ENFANT :

 

  • Espace de plaisir :

 

    L’activité libre apporte un grand plaisir et un grand bien être à l’enfant dès lors qu’il fait une activité qu’il a lui même décidé parce qu’il en avait l’envie.

    Le plaisir de l’enfant est à la base de tout apprentissage quel qu’il soit et surtout à la base de son bien être.

    Un enfant qui n’a pas de plaisir n’apprend pas et ne s’épanouit pas.

 

  • Espace d’illusion :

 

    L’activité libre se déroule dans une aire intermédiaire (espace entre réalité intérieure et réalité extérieure).

Elle assure la fonction de transition entre le monde subjectif de l’enfant et la réalité objective.

    A travers l’action dans le jeu l’enfant contrôle peu a peu la réalité, il maîtrise mieux les situations douloureuses et acquière ainsi une certaine confiance en lui.

 

  • Espace de créativité :

 

    L’enfant est créatif : il invente des situations avec son corps et celui des autres. Pour Wallon : « Le schéma corporel est un élément de base indispensable à la constitution de la personnalité de l’enfant ».

    L’activité libre permet à l’enfant d’agir, sur lui, sur le monde en lui donnant les moyens d’expérimenter des concepts nouveaux, des situations nouvelles et d’assouvir sa curiosité. Elle permet à l’enfant de créer, de s’enfuir dans l’imaginaire et de s’éveiller. Qu’il s’agisse de dessin (création, reproduction), de jeux imaginaires (détournement d’objets), de jeux symboliques (poupée, dînette…), de jeux moteurs (utilisation de son corps ou du corps des autres comme objets), il est dans un espace de créativité.

 

  • Espace de langage :

 

    Le langage par l’activité libre est une mode de communication, d’expression privilégié, vital et secret pour l’enfant.

    L’enfant exprime son agressivité :

Ø      Il peut investir un rôle de toute puissance. Il se déguise, tient des rôles qui lui permettent d’être plus fort que le petit garçon qu’il craint dans la réalité. Il maîtrise son agressivité et prend confiance en lui.

Ø      L’activité libre offre une « compensation narcissique à la situation d’infériorité »  vis-à-vis de l’adulte. L’enfant prend un rôle d’adulte comme pour se libérer de tous les interdits qui le frustrent et le rendent agressif.

Ø      L’activité libre permet de canaliser sa violence : l’enfant transfère son agressivité sur une poupée, sur une peluche, sur un ballon. Il apprend à maîtriser sa violence et à mieux comprendre ce qui lui arrive.

 

     L’enfant exprime son angoisse : jouer une scène angoissante pour la comprendre et la maîtriser.

Ø      L’enfant rejoue une scène difficile qu’il a vécu afin de l’apprivoiser et de mieux la maîtriser pour mieux la comprendre et prendre de la distance.

 

      L’enfant se crée à travers le jeu : il va à la quête de soi en s’exprimant par le jeu.

Ø      Il apprivoise, apprend à maîtriser et à comprendre son environnement et prend peu à peu confiance en lui.

Ø      Il rejoue des scènes en prenant la place de, en imitant, reproduisant, cela lui permettant de trouver  la place à laquelle il se sent bien. Il construit sa personnalité.

                       D.W.Winnicot : « A travers le jeu, l’enfant construit son je »

  •  

 

    La pensée symbolique c’est la capacité à intégrer des codes (paroles, gestes), de se représenter des choses en leur absence et de modifier la réalité en entrant dans le symbole. Pour D.W.Winnicot : « Le jeu est une reconstruction de la réalité ». 

    A travers le jeu symbolique l’enfant rejoue la réalité et joue selon sa capacité à la représenter. Par la même il intègre inconsciemment les rôles (mère, père…), les valeurs sociales, familiales et culturelles. En effet, d’après  Bruner : « Le jeu est un moyen d’intégrer des signification sociales et culturelles ».

 

  • Espace d’évolution :

 

Le jeu est un espace qui favorise le développement global de l’enfant :

Ø      Il développe les capacités cognitives de l’enfant : l’enfant réfléchit, résout des problèmes difficiles, apprend, reçoit des information, enrichit son langage.

Ø      Il développe  la concentration et la persévérance.

Ø      Il développe la compétence à construire (mettant en jeu la motricité): jeu de briques, duplos… 

Ø      Il développe  l’activité combinatoire: les tris, combinaisons, assemblages, transvasements qui  sont les prémices des mathématiques.

 

  • Espace de relations :

 

L’activité libre est le premier support d’interactions et de rapports complexes à l’autre :

                              

Ø      Elle permet la prise de conscience et l’apprentissage de l’autre comme matériel de jeu : le propre corps de l’enfant est un objet de découverte, de jeu, de manipulation, d’expérimentation des sensations et le corps de l’autre est également considéré comme tel.

Ø      Elle permet des interactions mettant en jeu l’apprentissage de la socialisation :

                            L’enfant joue d’abord seul, il doit s’adapter aux autres. Les expériences par le 
                            groupe vont 
alors favoriser le plein épanouissement de l’enfant et transformer son 
                            jeu individuel en jeu 
collectif. Les enfants vont s’engager dans interactions             
                            riches (entraide, partage, conflits,
affection…) et mettre en place eux-mêmes des 
                            règles pour jouer ensemble.

 

 

Espace de symboles :
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E
Bonjour,En tant que futur EJE, je suis à la recherche de doc et livres sur l'activité ludique et l'espace temps libre et je trouve toutes vos infos très intéressantes. Pourrais je savoir quelles sont vos références (livres, documentations, etc) ? Vous me serez d'une grande aide - merci d'avance ! Eve
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E

Bonjour Eve,

 Désolé pour mon peu de disponibilité. Je vous envoie ça dès que j'ai tout regroupé. A bientôt.